Entrevue avec Amélie McGarrell, le doux visage métissé de Montréal [Girl Crush 082]

Crédit photo: Zianophoto Entrevue avec Amélie McGarrell, le doux visage métissé de Montréal [Girl Crush 082]


J'ai découvert le magnifique visage de Amélie McGarrell, jeune mannequin de 22 ans originaire de Montréal, sur les réseaux sociaux. Depuis, j'ai suivi ses aventures sur son compte Instagram et j'y ai découvert une fille intelligente qui a réussi à tirer son épingle du jeu dans l'univers de la mode montréalaise. Pour la connaitre un peu mieux, j'ai décidé de lui poser quelques questions!

Depuis combien de temps es-tu mannequin?
 
J’ai grandi à Montréal-Nord et j’ai fait mon secondaire dans un programme Omnisport, j’étais plutôt sportive et j’avais à ce moment peu d’intérêt pour le domaine de la mode. En 2010, j’ai trouvé que le département de mode était plutôt chouette à Marie-Victorin, j’ai donc fait un DEC en Commercialisation de la mode. J’y ai développé un fort intérêt au fil des années.

Puisque c’est difficile de faire carrière en mode, surtout à Montréal, il était essentiel que je me construise un réseau de contacts. J’ai donc été bénévole et habilleuse aux défilées de la Semaine de mode (maintenant disparus). J’ai aussi aidé à la réalisation d’évènements mode. C’est par ces happenings que j’ai  été approchée par des photographes pour divers créatifs. Mon premier créatif a été, je crois, en 2012, avec le photographe Sébastien Roy en collaboration avec une designer d’ici : Les Enfants Sauvages!

Si je ne me trompe, tu es « freelance ». Est-ce difficile de travailler sans agence? Comment fais-tu pour trouver tes contrats?
 
J’ai été approchée au fil des années par la plupart des agences importantes de Montréal.  Je mesure 5’8. J’avais (autrefois) des mensurations (un peu malsaine dans mon cas, mais désirée) de 33’ de buste, 24’ de taille et 33’ et demi de hanche, des mensurations parfaites me disait-on. Chaque fois qu'un recruteur m’appelait, il était convaincu que je serais signée. C’était pourtant toujours les mêmes réponses : « Trop petite pour une femme de couleur » , « Désolé, j’ai déjà une fille de couleur dans mon agence qui  te ressemble trop ».

Dans le fond, il n'y en avait qu’une autre au teint hâlé, pfff, on se ressemblait trop pas! Aussi, il faut dire que j’avais plutôt un fit de runway et il faut savoir que New York aurait été un meilleur marché pour moi à 5’9. J’ai même été approchée par Ford Model il y a deux ans, mais bon, mon erreur aura été pour de nombreuses raisons de ne pas avoir voyagé.
 
J’ai surtout décidé de continuer par moi-même pour prouver que la beauté ne devrait pas être régie par quelques personnes. Le grand public veut aussi voir des femmes qui ne rentrent pas dans les standards des agences. Des femmes comme elles et moi. Toutefois, c’est beaucoup de travail quand tu n’as personne pour se charger de booker tes contrats pour toi. Il faut remercier les réseaux sociaux qui sont en train de changer la relation entre le client et le modèle. C'est grâce à eux que j'ai pu faire de superbes projets.

Crédit photo : Zianophoto

Tu as aussi fait quelques photos nue, notamment pour TIBTP. Comment abordes-tu la nudité? Est-ce un moyen de vendre, de l’art, un statement?
 
HA HA! C’est tout à fait assumé comme choix. Je crois que faire des photoshoots a été une sorte de thérapie personnelle. Je suis née d’une mère québécoise et d’un père guyanais (Guyane Anglaise, en Amérique du Sud). Beaucoup de métisses souffrent d’un trouble d’identité. J’ai accepté mes cheveux frisés et mon drôle de mélange beaucoup grâce à cela!

Je suis curieuse de nature. Je suis touche-à-tout, créative au fond de moi et polyvalente dans mon travail. Ainsi, j’ai voulu affirmer ma différence et aussi véhiculer des valeurs comme l’égalité des sexes, la liberté, la confiance en soi, etc. La sexualité est partout. Je suis fatiguée de voir que le corps féminin est associé directement au sexe et à la femme-objet. This Is Better than porn est un blogue québécois qui a des valeurs qui me tiennent à cœur. Ça peut avoir des conséquences négatives d’avoir cette image, mais en général, les gens comprennent bien mon message. Pour preuve, j’ai été appelée à faire divers contrats mode, commerciaux, et des publicités grand public. Oui, #Freethenipple!
 

Est-ce que ta couleur de peau et tes cheveux sont un avantage / désavantage, selon toi? 

Je crois que ç'a été longtemps un désavantage, surtout lorsque j’ai voulu être représentée par une agence comme je le disais plutôt. Par exemple, l’agence Ford m’avait demandé de faire plus de photos avec mes cheveux droits. J’ai peut-être fait deux séances photo comme ça. Une fois de temps en temps, pourquoi pas? Par contre, c'est devenu une chose du passé avec le mouvement «NHappy», entre autres. Les nouvelles normes de beauté changent. Il y a tellement plus de métissage maintenant! C’est beau. Mon conseil : mélangez-vous!

Avec quel brand/marque montréalaise aimes-tu travailler? 

Un autre message que j’ai toujours essayé de projeter, c’est l’importance d’acheter local. La mode s’effondre à Montréal alors qu’il y a un « FOU » potentiel créateur! Imaginez comment le milieu se porterait mieux économiquement si chaque québécois investissait un petit 2% de plus sur leur budget annuel dans la mode locale.
 
J’ai porté de nombreuses marques d’ici : Jane & Rye, Mélissa couture,  Les Enfants Sauvages, Méla, Token MTL, Niapsou, Alex Gray, Marilyn Baril, Lustre, Cfit Activewear, Maude Nibelungen, pour ne nommer que celles-ci. J’avoue avoir beaucoup aimé collaborer avec Sokoloff Lingerie, car le résultat des campagnes était très authentique.

C’est quoi ton dayjob qui paie tes bills?

Dans le passé, j’ai été entraineuse de Gymnastique Artistique pendant 4 ans. Je peux maintenant dire que mes plus grandes passions sont la mode et l’entrainement physique. J’adore enseigner!

J’ai  travaillé un an comme entraineur personnel au Énergie Cardio, que je viens de quitter. Tout récemment, j’ai été sélectionnée comme styliste personalisée / ambassadrice à temps plein au Topshop du centre-ville de Montréal. C’est le commencement de mon dream job. Je choisis et fais mon horaire, j’offre des séances gratuites de stylisme, je me déplace sur des séances photo et j’habillerai des ambassadrices Topshop de renom du Québec. Par contre, je ne laisse pas tomber l’entrainement personnel pour autant! J’ai beaucoup d’éléments à réorganiser en ce moment!

Comment vois-tu l’avenir, quels sont tes projets?

Aujourd’hui, je réponds à tes questions, et sais-tu quoi?! Je suis très fière de mon parcours! Il y a quelques jours, j’ai reçu une fois de plus un courriel d’une fille qui me disait se reconnaitre en moi, dans mon message. Ça, c’est vraiment le but du pourquoi!  Le mannequinat était pour moi un tremplin qui m’aura permis de comprendre cette industrie et de rencontrer de magnifiques personnes : photographes, stylistes, maquilleurs, etc. 

C’est maintenant le temps de m’investir à fond dans mon nouveau travail. Vous verrez mon image sur les réseaux sociaux se transformer dans les prochains mois. Finalement, je souhaite dans le futur créer un projet qui mettra en valeur le savoir-faire d’une collectivité montréalaise à l’échelle internationale. Comment? Je ne sais pas trop encore par quel moyen, mais bon, j’en ai pas mal à apprendre encore!

Suivez Amélie sur son compte Instagram @ame.pm !

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