Ragers : à contre-courant du style et de la langue

Crédit photo: Pamela Lajeunesse Ragers : à contre-courant du style et de la langue


Le groupe québécois Ragers a fait paraitre le 8 juin dernier leur quatrième opus, soit un album de 10 pistes intitulé Raw Footage. À la veille du lancement de leur album, ce jeudi 12 juillet au Ausgang, j'ai rencontré le quatuor à Aire Commune pour discuter de leur album, de l'anglais dans le hip-hop québécois, de masques, de rage et de collaborations. Assis à une table de pique-nique, je rencontre Jay (drum), Phil (guitare), Billy (voix / rap) et Jake (voix et beat) pour parler de leur nouveau son Raw Footage. 

Plus hip-hop et moins "dans ta face" que les premières pistes de Ragers, ce nouvel album renforce l'identité du band. Et de quelle façon ?

Phil : On a renforcé c'était quoi le son Ragers, y'a Jake qui fait des vocales et Billy qui fait encore plus de vocales. Oui, il y a toujours des featuring, mais on s'est dissocié de nos débuts où on faisait que des featuring ou presque. On a voulu pousser davantage le son qui est propre à Ragers.

Billy : C'est moins de sons qui ont été modulés, c’est plus organique. Notre processus a été aussi plus organique et avec moins de collaborations. C'est plus "nous".

Jay : On a essayé aussi de mieux transporter notre album en live, ce qui était un peu plus difficile avec nos derniers EP.

Crédit photo : Pamela Lajeunesse

Nouveau son, nouvelle identité. Au début de la formation, Ragers était reconnaissable pour leur scénographie unique et leurs masques. Pourquoi avoir fait tomber les masques ?

Jay : On a décidé de reconcentrer nos efforts sur la musique et moins sur l'image de band. Les masques nous empêchaient d'interagir avec le public. 

Billy : C'est justement l'autre désavantage des masques, ça déshumanisait le projet. 

Phil : Au début, on voulait que les gens se concentrent sur la musique, alors on s'est dit que ça serait comme une forme d'uniforme, une image forte. Toutefois, ça l'a eu un peu l'effet contraire, les gens ne faisaient que regarder.

Jake : Le branding était rendu trop fort, c'est devenu un couteau à double tranchant. C'était fort, c'était bon et le monde nous reconnaissait, mais ils se concentraient juste sur ça, ils en oubliaient la musique. 

Jay : Si tu te fiais uniquement à notre image, on attirait des gens qui n'étaient pas vraiment notre public puisqu'ils pensaient qu'on jouait du métal ou du gros dubstep. C'est pas faux de dire qu'avec les masques c'était quand même heavy, mais après, en show, ce n'était pas ce à quoi ils s'attendaient. Alors que le public qu'on voulait attirer était un peu réticent à venir nous voir en show en pensant qu'on faisait juste des mosh-pit. 

Crédit photo : Pamela Lajeunesse

Votre musique rejoint donc un nouveau public ?

Jake : C'est sur qu'il y a une grande transformation depuis Chapter (premier opus) qui était au début du projet. À ce moment-là, on était vraiment Ragers, on était enragé dans le sens pur. Umum EP a été vers une nouvelle tangente. Pour Joshua EP, c'était vraiment une vibe Los Angeles. Alors que Raw Footage, c'est un cumulatif et une bonne carte de présentation de ce qui s'en vient. 

Êtes-vous toujours enragé ?

Jay : On est enragé en show, mais pas musicalement. 

Billy : On est maintenant les Chillers. (rires)

Jay : On pourrait aussi s'appeler les Vedgers. (rires)

Crédit photo : Pamela Lajeunesse

Revenons aux collaborations, même s'il y en a moins que les albums précédents, il y a tout de même une belle brochette : Valaire, Lou Phelps, Rymz, David Lee, CeasRock ainsi que Mike Shabb et Flawless Gretzky. On découvre aussi une voix féminine remarquable sur Fools ?

Jake : Elle s'appelle Maya, c'est la nièce de James Di Salvio (Bran Van 3000). Elle a joué sur son dernier album. J'avais déjà travaillé avec elle et la première fois que je l'ai rencontrée, c'était comme un film. Elle était remarquable et super talentueuse. Je suis tombé en amour avec sa voix. C'est drôle l'anecdote avec Fools, parce que c'est une chanson qu'on avait tous sous-estimée, mais c'est finalement notre piste la plus populaire autant en spectacle que sur le web (68 000 écoutes sur Spotify). L'étincelle qu'il y avait sur Fools et qu'on a tous pas vu nous a pris par surprise à la dernière minute. On a finalement décidé de la mettre en premier sur l'album, mais à la toute dernière minute. 
 

Ça serait quoi la plus grande réussite de Ragers ?

Billy : Avant qu'on commence Ragers, y'avait pas grand monde à Montréal qui faisait du rap dans notre style, avec un band live collaboratif. Je crois que c'est quelque chose que beaucoup d'autres gens ont adopté depuis parce qu'ils se sont rendu compte à quel point c'était efficace. 

Phil : On a clairement été sous-estimé et on l'est encore un peu. On se la joue très underdog depuis plusieurs années. C'est rare de trouver des bands et des groupes, peu importe le style, mais qui continue de jouer de la musique ensemble sans se séparer. Nous on se connait depuis 15 ans. On est encore en train de se battre pour montrer ce qu'on mérite comme place dans l'industrie musicale.

Jay : On va continuer à le prouver et à partager notre projet. 

Crédit photo : Pamela Lajeunesse

Est-ce un obstacle pour vous de chanter en anglais ?

Jake : J'avais une bonne conversation avec Larry Kidd à propos de la place du marché rap anglophone au Québec. C’était le fun de débattre sur le sujet, parce que oui, on commence en étant déjà un peu perdant. On se bat contre un marché qui n’est pas du tout adapté pour nous, autant pour le type de musique qu'on fait (rap, hip-hop, électro), pour le format qu'on fait (band live de quatre artistes) et pour la langue (anglais). On est à contre-courant. Chanter en anglais, c'est une tangente qu'on a toujours adoptée depuis 15 ans. C'est impossible pour nous de dire qu'un jour on va faire ce que tout le monde fait : chanter en français. On aime ça bouger et exporter notre projet, c'est pour ça qu'on a des liens à Los Angeles et à Paris.

Billy : Même au niveau des subventions, en chantant en anglais, on peut juste pas en avoir. Les radios ne veulent pas nous faire jouer non plus, parce que ce n’est pas du contenu francophone. Au final, ce n'est pas un obstacle monumental, c'est juste une tape dans le dos qu'on nous refuse. C'est là qu'on se rend compte à quel point le marché québécois n’est pas adapté à cette nouvelle réalité où tout va super vite. 
 

Vous avez tout de même fait deux pistes en français ? Jeune & Fly avec Rymz et David Lee ainsi que All I Need avec Rymz.

Jake : Oui tout à fait. On voulait justement aller toucher ce public-là qui est quand même présent et en santé. Je crois que c'est juste un début parce que j'ai vraiment aimé mon expérience. Je le vois aussi ce que ça crée et ce que ça touche.

Jay : Le rap québ est très en santé et je ne crois pas qu'on se ferait prendre au sérieux si du jour au lendemain Jake se mettait à faire des verses en français. 

Phil : Autant on s'est fait juger quand on a commencé à faire de la musique en anglais, autant on va se faire juger si on commence en français. Faut toujours trouver un bon équilibre.

Billy : Ça m'arrive d'avoir des paroles en français, on verra bien. C'est ça Ragers, c'est tout, toujours en mouvement et en évolution. On s'adapte et on fait ce qu'on aime.

Justement, ne manquez par leur spectacle ce soir au Ausgang.

Ragers 'Raw Footage' Album Launch ft. Mike Shabb & More
Aujourd’hui de 20 h 00 à 23 h 55
Ausgang Plaza, 6524 St-Hubert

Crédit photo : Pamela Lajeunesse 
Merci à Aire Commune.

Crédit photo : Pamela Lajeunesse 

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