Le rappeur Jean-François Ruel alias Yes Mccan sur son rôle de Damien dans Fugueuse

Crédit photo: Marlene Gelineau Payette Le rappeur Jean-François Ruel alias Yes Mccan sur son rôle de Damien dans Fugueuse


On connait Jean-François Ruel pour son rôle de rappeur au sein de la formation québécoise Dead Obies. En effet, Yes Mccan (son nom de scène) est l'un des grands rappeurs de notre génération. Cette saison, c'est pourtant au petit écran qu'il fait parler de lui, les lundis soir à TVA, lors de l'émission Fugueuse, mettant en vedette Ludivine Reding, Claude Legault, Danielle Proulx, Kimberly Laferriere et plusieurs autres. 

J'ai pris quelques minutes pour parler à Jean-François Ruel de son premier rôle à l'écran, dans la peau de Damien, le musicien, chanteur et manipulateur qui séduit Fanny, la personnage principale de Fugueuse.

Toi qu'on n’a jamais vu comme acteur, qu'est-ce qui t'a poussé à appliquer pour ce rôle-là ?
La série cherchait quelqu'un qui provenait de la communauté rap et qui pouvait jouer à l'écran afin de donner un degré de réalisme au personnage et aussi afin de conseiller la production sur cet univers-là afin que ça n'ait pas l'air d'avoir été fait par des gens qui n'ont aucun contact avec le milieu. Ils ont donc invité plusieurs rappeurs à passer l'audition. Quant à moi, j'y suis allé parce que j'ai fait pas mal de théâtre et d'impro quand j'étais plus jeune. Et c'est quelque chose que j'ai délaissé à la fin de mon adolescence pour justement me concentrer sur le rap. Recevoir cet appel-là c'était un défi à moi-même pour voir si je «l'avais» encore.

Je ne savais pas encore en quoi consistait le rôle et après l'audition je me sentais nul, figé et pourri. Je m'étais préparé tout croche et finalement, la même journée j'ai eu un appel pour une autre audition dans la même type de rôle. Quelques jours après, j'ai eu la confirmation que j'étais accepté pour les deux rôles. J'ai finalement choisi celui-là.

Crédit : Marlene Gelineau Payette

Comment s'est déroulé le tournage ?
J'ai tourné d’août à novembre et en novembre je partais en tournée avec les gars de Dead Obies. J'ai vraiment eu un 6 mois très intense à voyager entre le plateau de tournage et nos différents spectacles. Je pouvais être en train d’apprendre du texte, donner un spectacle ou faire des scènes sur le plateau de tournage. Je pouvais faire des 10-12 heures de tournage, puis ensuite je prenais ma voiture pour rejoindre les gars pour un spectacle au Lac-Saint-Jean. Après le spectacle, je ne faisais pas le party, mais j'allais lire mes textes. Une fois, j'ai même pris l'avion du Lac-Saint-Jean pour arriver à temps pour le tournage à Montréal. C'était vraiment l'horaire le plus intense de ma vie.

C'était quoi le plus gros défi de jouer dans cette série ?
De me commettre à faire quelque chose qui n’est pas dans ma zone de confort. Par exemple, quand tu fais du rap, tu peux toujours t'en tirer en ayant l'air détaché et cool. Mais jouer quelqu'un qui est triste, il faut que tu step out de toi-même et que tu donnes une proposition de quelqu'un de démoli en plus d'agir et parler comme ça. Il fallait donc que je sorte de moi-même pour donner cette proposition-là et d'être moins gêner. Je me suis rendu compte que j'avais beaucoup de scrupule à sortir de moi-même. Le plus grand combat était contre moi-même. Ce rôle-là m'a poussé hors de ma zone de confort.

Justement, vu que tu fais beaucoup de scène et que tu as quand même joué dans des vidéoclips, est-ce que ça t'a aidé ?
C'était vraiment différent. Dans un clip, tu as déjà ta chanson qui est écrite et qui joue. Elle te guide dans la vibe du clip. Après, on filme certains plans pendant que tu fais le verse et on garde ceux que tu look le mieux. Mais quand tu es deux ou trois comédiens sur une scène, que tu as 30 minutes pour tourner parce que tu dois faire une dizaine d'autres scènes dans la journée. Si tu n'es pas à ton meilleur, tu ne le seras pas à la télé devant 1 million de spectateurs. Il y avait une bonne pression.

On travaillait souvent en plan séquence - et la première scène que j'ai tournée a duré une dizaine de minutes sans coupures où je disais quelques répliques et me déplaçait plusieurs fois durant la scène. Donc c'était stressant au début, mais après j'étais tellement là et impliqué que tout est devenu naturel.

Après trois mois de tournage, c'est comme si j'avais fait une école de théâtre intensive. 

C'était vraiment une grosse production ?
Oui vraiment ! On a tourné dans la série pour mon personnage des scènes de faux vidéoclips et on avait plus de staff pour ce faux vidéoclip que les vrais vidéoclips que j'ai fait dans ma carrière. C'est quand même intense.

Crédit : Marlene Gelineau Payette

Finalement, dirais-tu que c'était nécessaire d'avoir un background de rappeur pour jouer ce rôle-là ?
Oui vraiment, ça aide, c'est certain. Parce que j'ai composé deux chansons pour la série. Il y a aussi 2-3 moments où mon personnage pratique et où il fait de la musique sur scène. J'ai donc aidé la production en leurs indiquant le matériel qui devrait se retrouver dans la pièce d'enregistrement ou même au niveau des costumes, j'ai conseillé beaucoup. Si ça devait être un acteur, il aurait dû apprendre la gestuelle d'un rappeur, mais aussi apprendre à jouer et à chanter. Donc oui, je pense que c'était nécessaire et que ça l'a été une expérience gagnante pour chacun.

Parlant du personnage (Damien, un manipulateur proxénète), est-ce un type de personnage que tu as déjà côtoyé dans la vraie vie?
Non, moi je n’ai jamais côtoyé quelqu'un de cette tranche du milieu underground/hip-hop. Je me demandais justement si j'étais assez à l'aise de représenter quelqu'un de ce milieu-là. Mais juste en plongeant dans la série, tu te rends compte que le rap glorifie le «méchant». Parce que dans la narrative du rap, tu parles des exclus et des gens marginalisés, de ceux qui sont dans les ghettos, c'est dans la nature, dans les racines du rap, le crime comme seul moyen de s'en sortir.

Mais au final, on dénonce ça et je me demandais si j'étais à l'aise de le faire. Toutefois, en plongeant dans la série, tu te rends compte que l'auteur se base sur de bonnes informations et je me suis rendu compte que je ne pouvais absolument pas cautionner cette «façon-là de s'en sortir» qui fonctionne en exploitant les plus faibles, surtout les plus jeunes, en faisant de l'exploitation sexuelle, de la prositiution juvénile et, etc.

Donc pour répondre à la question, non, je ne connais personne de ce milieu-là, ni de près ni de loin et je ne pourrais jamais cautionner ça. Je ne pourrais pas vivre avec ça en sachant ce qu'ils font. J'aurais moins de problèmes avec quelqu'un qui fait des vols ou qui trafique de la drogue (rires).
 

 

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Tu n'as pas peur de «démoniser» le rap et cette culture-là ?
Non, le personnage est un musicien et c'est en étant cool qu'il réussit justement à manipuler Fanny. La soundtrack de ce milieu-là c'est le rap. Dans tous les cas, c'est une fiction et tu n’as pas le choix d'avoir un méchant qui fait quelque chose de méchant. Je pense pas que le rap a besoin de ça pour être démonisé, il s'en sort très bien tout seul avec les clips, l'environnement, c'est déjà une image controversée. 

Penses-tu que la série Fugueuse s'adresse plus aux jeunes ou aux adultes ?
Je pense qu'elle s'adresse plus aux adultes et à ceux qui ont des enfants de cette génération-là (14-19 ans). Il y a des groupes d'aides et des lignes d'appel qui sont là pour leur donner des pistes et les aider si jamais ils rencontrent des problèmes similaires que ceux illustrés dans la série. C'est justement ce que la série vise à démontrer : que tout le monde veut bien faire dans l'entourage de Fanny, mais au final, le résultat est vraiment le contraire. 

Pour plus de ressources, le site internet de Fugueuse vous propose plusieurs pistes.

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