Kappa annonce une collection printemps-été aux accents très slaves

Crédit photo: Hypebeast Kappa annonce une collection printemps-été aux accents très slaves


La marque italienne Kappa vient tout juste de dévoiler sa collection printemps-été 2018. Celle-ci, aux allures urbaines et sportives, renvoie, autant par ses confections que sa mise en scène, à des attributs esthétiques typiques de l’Europe de l’Est. La collection s’identifie à un look street des années 80, car c'est au cours de cette décennie que le survêtement s’est popularisé à travers l’empire soviétique. En plus des morceaux, les clichés développent une iconographie slavophile avec ces jeunes blancs chétifs peuplant un environnement paysan et conduisant une voiture Lada-esque, l’automobile nationale russe.

Le survêtement dans la culture slave

Pour faire un peu d'histoire, le survêtement athlétique est apparu à l'est du rideau de fer avec la marque Adidas au moment des Jeux olympiques de Moscou en 1980. Il était conçu en Allemagne communiste et tout logo était alors prohibé par l’état. À cette époque, le peuple russe avait une exposition très limitée à la mode orientale et les articles étrangers devenaient prisés. Une vague de contrefaçons a par la suite envahi le marché des années 90 et trouva une vive réception auprès des populations appauvries par la fin du régime. Sa polyvalence, son confort et son bas prix en ont fait un article indispensable jusqu'à nos jours.

Le Gopnik

L’une des influences évidentes de la campagne de Kappa est le Gopnik et sa version féminine, la Gopnitsa. Il s'agit de l’un des stéréotypes les plus caractéristiques de la Russie actuellement véhiculés par l'internet. Très codifié, le Gopnik est l’équivalent postsoviétique de la racaille. Il flâne près des tours d’habitations, a peu d'argent et d’éducation. Il passe son temps avec ses amis à manger des graines de tournesol, boire de la bière ou de la vodka et fumer en position squat vêtue de survêtement sportif. Dans la Russie d’aujourd’hui, la marque Adidas est très prisée auprès du Gopnik, fier d’arborer le costume de ses origines populaires. La seconde photographie démontre un jeune mannequin dans la position de prédilection du Gopnik, le slav squat, une technique notoire issue des prisons surpeuplées où les places assises étaient limitées.

Appropriation culturelle ?

Faut-il conclure que la présente collection de Kappa est de l’appropriation culturelle? Est une glorification d’une marge pourtant vulnérable de la société russe? Est-ce le produit de la popularité des memes slavophiles qui abondent sur la toile? Plusieurs questions restent à répondre, mais à mon avis, la grande autodérision entourant cette sous-culture pardonne la collection italienne. Au contraire, il s'agit d'une consécration et d'un excellent exemple de modes issues des couches populaires faisant tranquillement son chemin vers les classes plus aisées. La collaboration entre le créateur Gosha Rubchinskiy et Adidas Football s'était d’ailleurs influencée pour sa collection automne 2017 de l’esthétique des ultras russes, ces partisans de soccer prêts à tout pour honorer leur équipe.

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