Stikki Peaches, rencontre exclusive dans l'atelier de l'artiste urbain

Crédit photo: Johanna Pocobene Stikki Peaches, rencontre exclusive dans l'atelier de l'artiste urbain

"What if Art Ruled the World?" Stikki Peaches est un artiste montréalais influent dans le monde des arts, qui brille aujourd’hui par des œuvres singulières et à la fois visibles dans la rue et en galerie. Fils d’un père tailleur, et d’une mère designer, l’artiste n’a jamais cessé de créer des oeuvres. Il s’est d’abord tourné vers la mode, en tant que designer de mode masculine pendant treize ans.  Collages, pochoirs, peinture… Stikki Peaches prend d’assaut les murs de la ville depuis 2009.  Très vite, ses personnages iconiques, issus de la pop culture font de l’effet aux passants ; les œuvres de Stikki  Peaches circulent massivement sur les réseaux.

Rencontre avec un artiste singulier avec quelques photos en exclusivité de son atelier et de ses nouveaux projets.

Stikki Peaches, comment en es-tu venu à te lancer dans une carrière d’artiste urbain ?

Lorsque j’ai entrepris cette démarche artistique, en 2009, je vivais des moments personnels difficiles. Je ne dormais plus, j’avais tout lâché, que ce soit mon travail ou tout le reste. Je me posais beaucoup de questions, j’attendais des réponses à certaines. J’ai eu envie de me tourner vers mes passions d’enfance, que ce soit avec des films ou avec des bandes dessinées. J’avais besoin de vivre des choses plaisantes et c’est au cours de mes nombreuses insomnies que j’ai commencé à peindre… avec un ami qui, lui aussi, ne dormait plus ! (rires)

Ton premier collage urbain d’ailleurs, il s’agissait d’un grand Batman si je ne me trompe pas…

Oui, il s’agissait d’un Batman, proche de la 15 nord. Pour être franc, quand nous avons commencé, nous ne savions pas ce que nous faisions. C’était un collage de 20 pieds de haut et nous étions équipés, plus ou moins ! Cela nous a pris un peu de temps pour l’afficher…

Dans l’histoire de l’art, quel mouvement aurait pu jouer un rôle dans ton processus artistique ? Est ce que des artistes t’inspiraient plus que d’autres ?

Le Mouvement Pop-art. Andy Warhol, Keith Haring… Ce sont des personnes que j’admire. C’est certain que j’aime aussi le travail de Obey mais je dirais que ce qui m’a donné vraiment envie de continuer c’est lorsque j’ai posé mon premier collage… Là c’était définitif, j’avais attrapé le virus. J’ai eu envie, à partir de ce moment là, de réaliser toujours plus d’œuvres, toujours plus grandes, dans des lieux toujours plus risqués. J’ai eu un réel déclic lorsque j’ai posé mon premier collage.

Dans tes œuvres, il y a beaucoup de références, des icones, que ce soit Mozart, Bruce Sprinsteen, Kate Moss ou encore Elvis… Comment ce choix s’effectue lorsque tu réalises une œuvre d’art ?

Ce sont des images de mon enfance. Elles faisaient partie de mon quotidien, que ce soit par l’intermédiaire de mon père qui, par exemple écoutait du Mozart, du Elvis, ou regardait des films de James Dean, ou par mon intermédiaire qui était passionné par Batman par exemple.

Kate Moss… Ce serait le signe de tes 13 années de travail en tant que designer de Mode alors…

Oui, Kate Moss est pour moi une icône de la même facon que l’était Marylin Monroe, à une autre époque…

Comment se déroule ton processus de création ? Quels médiums utilises-tu ?

J’utilise toutes sortes de médiums, que ce soit des bombes aérosols, de la peinture, des collages… Je procède par couche, et pour chaque couche de création il y a une histoire, ainsi le processus change tout le temps. En ce moment j’adopte une nouvelle façon de travailler, je pars d’une image, que je déconstruis puis reconstruis avec divers collages. Je colle des images à l’intérieur qui font références à la même époque, au même style etc.  Ces photos viennent de revues, par exemple, c’est un processus assez long, car je vieillis le papier en amont avant de le coller sur l’œuvre.

Plusieurs Street-artistes réalisent des oeuvres avec un message engagé comme Banksy avec son parc d’attraction "Dismaland", ou Ron English qui est mondialement connu pour ses œuvres critiques de la société de consommation, dans quelle mesure pourrais-tu t’inscrire dans ce mouvement contestataire ?

Je ne suis pas assez intéressé par les affaires politiques ou religieuses pour faire de mon art un objet de débat. Il existe toujours des messages dans mes œuvres, mais ce ne sont pas des messages qui choquent, qui montreraient ce genre d'opinion. Cela me suffit de mettre des déclarations personnelles dans mes peintures ou collages.

Quand tu évoques ces messages, tu fais références aux phrases écrites, aux dessins que tu insères au marqueur dans chacune de tes œuvres qui ressemblent à des tatouages…

Oui exactement. D’ailleurs, ces phrases ne sont pas forcément visibles lors de la première fois qu’une personne découvre mon œuvre. Il faut la regarder plus en détails, parfois à maintes reprises, pour en découvrir le message.

Si tu devais donner les clés d’une tes œuvres, quel genre de message inscrits tu dans celle-ci ?

En fait, il y a un message qui revient assez souvent dans mes créations. Un message qui, je suis certain, est une opinion partagée par beaucoup de personnes : Fuck Hate. « Hate » est aujourd’hui illustré de pleins de façons différentes. Quand j’ai réalisé cette année la pièce « Marshmallow Man » pour le Festival Mural, avec écrit en énorme « Fuck Hate » en couleur, ce n’est pas agressif, le personnage a les bras grands ouverts. Dans le fond, je souhaite faire passer un message avant tout positif. Par contre, j’ai un projet qui se met en place et qui sera plus contestataire envers la ville de Montréal…

Ah oui ? De quel projet s’agit-il ?

Je ne peux pas dire la date exacte, mais je souhaite dénoncer les travaux municipaux toujours plus fréquents et contraignants dans la ville de Montréal. Voir tous ces cônes orange, ces signalisations, cela a quelque chose de stressant et cela fait perdre un temps précieux. J’ai un ami qui va devoir certainement fermer son commerce à cause des travaux incessants qui perturbent la voie vers son magasin pour ses potentiels clients. C’est un gros problème qui va durer encore pendant les 4 voir 5 prochaines années. C’est pour cela que j’ai décidé de le dénoncer. Quelques entreprises et d’autres artistes, ou même des médias sont intéressés par mon projet. J’ai envie que ce projet soit vu et commenté, j’aimerais même avoir des témoignages de personnes qui sont affectés par ces constructions.

Si nous abordons une nouvelle fois ton processus créatif, puisqu’on ressent dans ton art un esprit passionné et réellement porté aussi sur la musique, quels sont tes gouts personnels en la matière ?

J’aime les Black Keys, qui sont en train de jouer à la radio en ce moment d’ailleurs ! (rires) Sinon j’ai toujours beaucoup apprécié, surtout étant jeune, la musique de Kiss. Les costumes, les maquillages, les masques… cela a joué aussi. La collection de masques que je suis en train de créer avec la designer Cinthya Chalifoux, sont à l’image de ce que j’aimais dans mon enfance, je passais mon temps à réaliser des masques moi- même…

Peux-tu en dire plus sur cette collection de masque ?

Oui, cela faisait longtemps que j’avais envie de créer une collection de masque mais je n’avais pas trouvé la personne avec qui la réaliser. Lorsque j’ai rencontré Cinthya Chalifoux, cela s’est fait assez naturellement, nous avions des idées communes et c’est une artiste très talentueuse. Chaque masque sera affilié à une histoire, à un événement. Nous comptons exposer cette collection fin 2017. En attendant, je porte ces masques lorsque je dois présenter mon travail en public, notamment lors de vernissages car je tiens à mon anonymat. J’ai pu montrer mes deux premiers masques lors de la dernière présentation d’œuvre que j’ai réalisé au Musée des Beaux Arts de Québec le mois dernier.

Ton art jouit d’un vif succès à Montréal, au Canada, mais tu voyages aussi depuis quelques temps, ton art s’exporte et ta notoriété commence à être internationale, quels sont tes projets en ce sens pour 2017 ?

J’ai plusieurs expositions prévues, une en Europe, une aux Etats-Unis. J’ai aussi été invité pour réaliser une installation artistique à Bologne en Italie, au mois d’avril. J’ai pas mal de projets, je dois juste m’organiser pour pouvoir tout faire, mais je ne me plains pas, je suis très heureux de tout ce qui m’arrive.

Vas-tu continuer à réaliser des collages dans la rue même si tu es de plus en plus sollicité en galerie ?

TOUJOURS ! Je ne pourrais jamais m’arrêter de faire du street-art. Cela m’inspire tellement, le support déjà, que ce soit une porte, un mur… Tant que je peux courir, passer au dessus des barrières, je ferais du street-art ! (rires) J’ai de toute façon besoin de cela pour créer quand je suis en atelier. Je vois des choses et je vis des moments quand je suis dans la rue que je ne vivrais jamais enfermé entre les quatre murs de mon atelier. Ce qui m’allume c’est aussi de pouvoir créer des œuvres visibles à la fois à Montréal, mais aussi en Europe, et partout lorsque je voyage.


Crédits photo : Johanna POCOBENE

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