Boucane : le photographe Vincent Fugère en 11 questions

Crédit photo: boucane/Instagram Boucane : le photographe Vincent Fugère en 11 questions


Vincent Fugère, c'est un artiste multidisciplaire au talent incroyable. Il se trouve derrière la lentille de la dernière campagne de Sokoloff Lingerie, on vous en avait parlé ici. On avait envie de découvrir son univers sombre et sensuel, parfois un peu trash. Voici donc Vincent Fugère en 11 questions.

Comment as-tu commencé la photographie?

Plus jeune, je rêvais plutôt d'être bédéiste. J'avais le trait de crayon un peu boff, alors j'ai demandé à des amies de poser pour moi pour que je puisse les tracer dans Illustrator et Photoshop. C'était un style graphique qui me plaisait beaucoup et qui était plutôt répandu vers 2005-2010. Finalement, mes photos étaient pas mal plus intéressantes que les illustrations et j'ai commencé à demander à des amies, encore, d'être sur mes couvertures d'album.
Qu’est-ce que tu aimes dans cet art et quel type de photos préfères-tu prendre?
Rencontrer des inconnues dans le ton d'une séance qui se promène dans l'érotique et le nu, c'est aussi avoir accès aux gens quand ils sont, d'après moi, à leur plus réel et vulnérable. Je pose beaucoup de questions et, dans le fond, les photos sont plutôt secondaires au travail documentaire. On me partage souvent des angoisses, des états d'âme, des valeurs profondes et c'est plutôt ça qui me fait tripper.
 

Crédit : boucane/Instagram
 
Tu es aussi graphiste, musicien et bien plus, comment fais-tu pour jongler avec tout ça?
Je ne jongle pas super bien tout le temps. Parfois, j'en échappe. Mais plus ça va, mieux je deal! J'ai ouvert en début septembre un casse-croûte/service traiteur qui s'appelle Le Saugrenu. Ce n'est ouvert qu'à l'heure du dîner : j'ai la fin d'après midi et les soirées pour faire de l'art! 
 
Je ne pourrais pas faire qu'une seule activité, j'ai envie de plonger dans tout ce que je veux, en novice ou pas. J'ai une bucketlist quand même bien longue. Extrait de ma bucketlist : écrire un livre, publier une BD, avoir un webcomic, faire un photo-documentaire, faire un mixtape de rap, faire la bande sonore d'un jeu vidéo et j'en passe!
 
As-tu un médium de prédilection ?
L'art numérique est dans ma vie depuis que je connectais aux BBS locaux quand j'avais 14 ans. Je trippe mega glitch, musique IDM et tout ce qui sort des artifices créés par le numérique et les ordis. J'aime beaucoup les objets tout de même : un poster, un vinyle...

Crédit photo : boucane/Instagram
Que penses-tu de la photo de mode?
J'ai beaucoup de misère à avoir un regard objectif sur la mode. Je la perçois souvent comme une façon indirecte de promouvoir le cheap labor, l'inégalité, la luxure, la séparation grandissante des classes sociales, l'hypersexualisation, les problèmes de confiance en soi, etc.
 
D'un autre côté, je fais de l'art et de la bouffe. Ce sont probablement, par définition, les activités les plus superflues qui existent. Il n'y a pas vraiment de différence avec la mode. Le hate que je leur envois dans mon inconscient, quand je vois défiler les images sur Instagram, devrait peut-être aussi être redirigé vers moi. Au final, la mode devrait se prononcer sur l'individualité et le confort. Il y en a qui le font bien et ça me rend hopeful que ça pourrait peut-être continuer dans ce sens là.
 
Peux-tu nous parler de Boucane, comment ce projet à démarrer ?
Je faisais de la musique et j'opérais quelques compagnies de disque. J'ai eu envie, en 2010, de pèser sur le piton reset. Boucane est né de cette petite auto-réforme et du désir de me promener dans des tons plus vaporeux et plus creux. C'est ensuite devenu un magazine mensuel numérique en 2016.
 
Comment fais-tu pour trouver des modèles pour Boucane?
Originalement, c'était mes amies. Avec le temps, c'est devenu un mix entre de la solicitation de ma part et des gens qui m'écrivent ici et là pour tenter l'expérience. Mis à part si tu es fuck populaire, il va toujours falloir essayer et tenter avec des gens pour trouver des modèles. Je cherche des gens vrais, et surtout sortis de l'industrie, alors c'est souvent difficile de trouver des moments qui concordent.
 
Crédit : boucane/Instagram
 
Comment fais-tu pour garder une uniformité sur ton travail, une signature? 
C'est vraiment le genre de question qui m'empêche de dormir. Malgré cette angoisse mélodramatique, je pense que je vois définitivement une constance dans mon approche à la création. Que ce soit en bouffe, en musique ou en photo, j'ai envie de créer des trucs sur le moment et de ne jamais passer de temps à parfaire les œuvres.
 
À quoi ressemble ton espace de travail?
Normalement quand je shoot, je suis chez les gens ou dehors. J'apprécie quand même un certain inconfort physique : ces temps-ci, je shoot pour mon photobook qui se passent dans différents motels. Lors les séances, j'allume l'eau chaude de la douche pour créer de la vapeur partout dans les pièces. C'est beau, mais c'est dégueulasse. Ça fait sortir les odeurs de fond de smoke des sofas miteux et la sueur dans le front. Sinon, j'ai la chance d'avoir un bureau dans mon casse-croûte. Alors, devant moi, il y a des pots et des pots de bines rouges et des sacs d'onions et de patates. 
 
Crédit photo : boucane/Instagram
Quel est le shooting qui t'a le plus plu? Était-ce le modèle, l'ambiance? 
C'est l'expérience plutôt que les photos qui me font tripper. J'aime beaucoup les shoots où il faut faire attention pour ne pas se faire pogner, comme les photos de ma série « Clandestins », des nues dehors et souvent in plain sight.

Aurais-tu une anecdote à nous raconter sur l'une de tes photos favorites? 
L'histoire d'une photo comme celle-ci me fait tripper parce que quelques secondes après, le proprio du motel, en beau tabarnak, nous a demander de partir et nous a interdit de shooter là.
 

Crédit : Boucane
 

Je profite de la tribune aussi pour updater les gens sur mes projets. Le Saugrenu est mon nouveau casse-croûte/service traiteur dans le sud ouest de Montréal. C'est ouvert à tous les midi de 11h à 14h et on sert des trucs vegans et carnivores. Et du café. Et des muffins et des biscuits que ma mère fait. Dans le même spot, il y aura sous peu une nouvelle maison de picoproduction de disques, livres, magazines et autres objets étranges qui s'appelle L'Oscillateur. J'y publierai beaucoup de mon travail et il y aura aussi des collaborations avec d'autres artistes que j'aime beaucoup. Venez prendre un café!

 

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